HIRSLANDEN

De la prise en charge des maladies osseuses

Invalidantes et douloureuses, les maladies osseuses sont souvent découvertes à l’occasion d’une fracture non traumatique. La docteure Bérengère Rozier Aubry, rhumatologue, est l’une des spécialistes suisses de la prise en charge de ces affections chez l’adulte. 

Texte: Elodie Maître-Arnaud – Photo: Vanina Moreillon

Les pathologies osseuses se caractérisent par une fragilité des os, qui ne parviennent pas ou plus à soutenir le poids du corps. En résultent des fractures de fragilité, plus ou moins fréquentes et affectant la qualité de vie des patients. Spécialiste en rhumatologie, la Dr Bérengère Rozier Aubry dispose d’une longue expérience clinique dans la prise en charge des maladies inflammatoires et des maladies osseuses. Elle est d’ailleurs à l’origine de la création, en 2013, d’une consultation des maladies osseuses rares de l’adulte au CHUV. Ancienne médecin cadre du service de rhumatologie, elle est accréditée à la Clinique Bois-Cerf depuis le 1er août 2020 et se consacre pleinement à son activité clinique dans son cabinet privé. 

En quelques mots, qu’est-ce-que la rhumatologie?

La rhumatologie est une spécialité qui s’intéresse aux pathologies de l’appareil locomoteur: articulations, tendons, colonne vertébrale et os. Ces pathologies s’inscrivent souvent dans une maladie systémique et peuvent se manifester sous forme de problèmes inflammatoires, dégénératifs et/ou osseux. Tous ces aspects sont évidemment très présents dans ma pratique, même si je me consacre plus spécialement à la prise en charge des maladies osseuses, notamment rares. La conséquence commune à toutes ces affections osseuses est la fracture dite de fragilité, c’est-à-dire non traumatique. 

Quelles sont les principales causes des maladies osseuses?

La cause de fragilité la plus connue est l’ostéoporose (une perte progressive de la masse osseuse, ndlr.). Mais ce n’est pas la seule. L’ostéomalacie – une mauvaise fixation des minéraux sur le squelette – est aussi fréquente. Ces fragilités osseuses résultent parfois d’une maladie génétique ou peuvent également être acquises, notamment lors de problèmes de nutrition ou de malabsorption, ou encore induites par certaines pathologies ou traitements (comme la cortisone ou les perfusions de fer). La chirurgie bariatrique, par exemple, entraîne une malabsorption et une fragilité osseuse secondaire à surveiller et à traiter. Je peux encore citer les carences en vitamine D, de plus en plus fréquentes en raison d’une exposition insuffisante au soleil.

Vous vous intéressez particulièrement aux maladies osseuses rares de l’adulte. De quoi s’agit-il?

Ce sont des maladies osseuses qui concernent moins d’une personne sur 2000. On en dénombre plus d’une centaine, avec des manifestations physiques très différentes. La plus connue est l’ostéogenèse imparfaite, appelée aussi maladie des os de verre. Toutes ont un point commun: la fragilité osseuse qui détériore considérablement la qualité de vie des patients.

Y a-t-il une patientèle type en fonction des pathologies?

L’ostéoporose concerne largement les personnes âgées. C’est d’ailleurs la première cause d’occupation des lits d’hôpitaux en Suisse chez les plus de 50 ans. Dans cette tranche d’âge, une femme sur deux et un homme sur cinq en sont atteints. On doit toutefois rechercher si la fragilité osseuse n’est pas secondaire à une autre pathologie comme une invasion tumorale maligne ou bénigne, ou encore une maladie métabolique comme l’hyperparathyroïdie. Chez les patients plus jeunes, on recherche plutôt une maladie génétique ou une affection iatrogénique (résultant d’un traitement médical, ndlr.).

Comment posez-vous un diagnostic de maladie osseuse?

L’examen clinique est extrêmement important, notamment dans les maladies génétiques où l’on observe des phénotypes typiques, comme une très petite ou au contraire une très grande taille, ou encore une forme de nez ou de bouche caractéristique. Cet examen permet aussi de constater d’éventuelles séquelles de fractures ou des déformations osseuses, et d’observer l’appareil locomoteur et le tissu conjonctif. L’anamnèse est essentielle également, en particulier en cas de maladie génétique afin de repérer des prédispositions familiales. Viennent ensuite les examens sanguins, d’imagerie et parfois les analyses génétiques. D’autres spécialistes peuvent intervenir, notamment en cas de manifestations cardiaques, pulmonaires ou endocriniennes. 

Quelle prise en charge proposez-vous aux patients?

Le but de la prise en charge est de réduire le risque de fracture qui handicape les patients et détériore leur qualité de vie. On commence donc par traiter la cause de la fragilité osseuse. S’il manque des minéraux, on prescrit des minéraux; si le patient perd des minéraux, on cherche pourquoi et on fait en sorte de «fermer le robinet». Cela passe parfois simplement par l’arrêt d’un médicament ou par une supplémentation en vitamine D. Il existe aussi des traitements spécifiques pour soigner une malabsorption ou une maladie hématologique. Évidemment, c’est beaucoup plus compliqué lorsque la cause est génétique: on essaie alors de renforcer la solidité osseuse, généralement avec un traitement médicamenteux. On s’intéresse aussi au traitement de la douleur et aux autres symptômes de la maladie. Ceux-ci sont en général locomoteurs, et nécessitent souvent une prise en charge par des physiothérapeutes. On s’efforce également de prévenir ou de traiter une éventuelle arthrose précoce secondaire, en collaboration avec les chirurgiens orthopédistes.

Retrouvez ici la version intégrale de cet article paru dans le magazine Cliniquement Vôtre que nous réalisons pour le compte de Hirslanden cliniques Bois-Cerf et Cecil.


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